lundi 19 février 2018

Deux recueils posthumes d'André Pangrani

Deux recueils complets des écrits d'André Pangrani vont paraître courant mars.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, André avait notamment fondé la revue Kanyar et participé activement à diverses publications réunionnaises comme Le Cri du Margouillat et les éditions Centre du Monde.
• Le premier recueil, Un galet dans le pare-brise, rassemble tous les écrits d'André, c'est-à-dire les 5 nouvelles publiées dans la revue Kanyar et 28 autres textes parus sur la page Facebook "Nanofictions" ou totalement inédits, parfois inachevés, et qui ne manquent pas de piquant.
À la fois tendres et mordants, engagés ou plus légers, drôles ou érotiques, tous ces textes dessinent un portrait émouvant d'André, toujours brillant et précis dans ses propos.
Dessin de Greg Loyau
• Le second recueil réunit l'intégralité de deux truculents feuilletons parus dans les années 80 et 90 dans Le Cri du Margouillat, journal de bande dessinée de La Réunion : Le Major contre le gang des Canotiers blancs suivi de Pamela et les chiens rouges.
Signés du pseudo Alfred Lénine, dans un style joyeusement foutraque et fantaisiste à la Boris Vian, ils passent allègrement du coq à l'âne et du crocodile à la zourite (poulpe).
Trois dessinateurs du Cri du Margouillat — Li-An, Greg Loyau et Tehem — ont généreusement rendu hommage à leur ami avec de superbes dessins inédits qui font de ce second recueil un petit bijou.

Éditions Les Amis de Kanyar, 2018, 13,5 x 19 cm, 152 et 96 pages.

Pour les recevoir avant tout le monde, souscrivez ici (frais de port inclus).

mardi 13 février 2018

La valise aux lettres d'amour

J'ai ouvert une vieille valise à laquelle je n'avais pas touché depuis plus de cinquante ans. Je l'avais bouclée en déménageant ici rue des Saints-Pères avec Joris, en me promettant sûrement de faire le tri, ce que je n'ai jamais fait. elle déborde de papiers jaunis, listes de livres à lire que je réclamais et au bout desquelles jamais je n'arriverai, programmes de théâtre, vernissages d'expos, textes politiques, factures de gaz et d'électricité, enveloppes déchirées envoyées rue Condorcet chez ma mère, puis rue de Chéroy, adresse de mon premier appartement dans le XVIIe arrondissement.
Et dans cette valise oubliée, Marceline Loridan-Ivens retrouve notamment des lettres d'amour — dont certaines de Georges Perec et Edgar Morin —, avant sa rencontre avec Joris Ivens, l'amour de sa vie.
Elle revient sur ses souvenirs amoureux d'après la guerre et son retour des camps nazis. Car comment aimer après avoir été anéantie par la violence dès 14 ou 15 ans ? Comment exprimer ses sentiments et son rapport au corps ravagé ? Comment simplement oser se déshabiller ?
Marceline raconte dans L'amour après, co-écrit avec Judith Perrignon, son comportement non conventionnel, totalement libre, qui ne se préoccupait pas du qu'en-dira-t-on, à la fois entreprenant et fuyant avec ses amoureux.
Elle se souvient avec beaucoup de franchise, d'audace — sans tabou — et une grande sensibilité.
Un récit passionnant. Un hymne à la vie et à l'amour.

Éditions Grasset, 2018, 162 pages.

lundi 5 février 2018

Rêver, c'est partir un peu


Ça ne va pas toujours de soi. D'avoir une fenêtre. En Sibérie, il avait habité pendant des semaines une cabane qui n'avait qu'une porte et une trappe pour l'aération. Et le conduit de la cheminée pour la fumée. Ça lui convenait bien. Mieux que la plupart des logements habités au cours de sa vie. Lui qui si souvent vit sans fenêtres. Pas dans une yourte, mais en lui-même.
Au cœur du roman d'Eleonore Frey, En route vers Okhotsk, se trouve un autre livre, également intitulé En route vers Okhotsk. Ce dernier, et dont on peut lire quelques extraits, fait sensation depuis des mois en librairie.
Il fascine les personnages du roman qui parlent tous d'aller à Okhotsk — en soi, rêver d'aller en Sibérie, c'est une drôle d'idée, une idée d'écrivain, et c'est probablement pour cela que le roman d'Eleonore Frey intrigue.
Ils en rêvent, comme Robert (pourtant le véritable auteur du livre dans le livre) qui ne sait jamais trop où il va. Ou comme Otto, qui envisage aussi le voyage et lit également un autre livre dans le livre : le rapport d'un médecin sur un voyage vers Okhotsk.
Tous deux veulent y emmener Sophie la libraire qui referait bien sa vie et se pose beaucoup de questions. Tout se dédouble et se relie dans ce roman.
Mais qui ira vraiment là-bas, au bout de ses rêves et dans ce bout du monde ? 
Rêver, c'est partir un peu, c'est sortir de soi — par l'intermédiaire du livre. Et parfois ce n'est pas la destination qui compte mais la route.
Et lire, c'est aussi voyager.

Quidam éditeur, traduit de l'allemand (Suisse) par Camille Luscher, 2018, 152 pages.

samedi 3 février 2018

Un roman monstre

"Pris entre le marteau de la pauvreté comme échec moral personnel et l'enclume de ce miroir aux alouettes qu'était la récompense matérielle d'une citoyenneté à laquelle ils ne pouvaient jamais prétendre, ils étaient des réprouvés partout où ils jetaient l'ancre. Toute leur histoire était un kaléidoscope insensé de faits, de fantasmes sur grand écran, de mensonges de protection instinctifs et de vérités un peu arrangées pour entrer dans le moule d'un rêve américain modeste et présentable."
Un jardin de sable de Earl Thompson est un livre monstre de 832 pages — monstrueux et beau à la fois, d'une épaisseur impressionnante, qui vaut son pesant de littérature.
L'objet brut à la couverture cartonnée et gravée, soigneusement peaufiné comme Monsieur Toussaint Louverture sait le faire, est un choc, un monument de la littérature américaine des années 70, loin du rêve américain.
Dans l'univers et la trempe, on est proche de John Fante, Charles Bukowski ou Donald Ray Pollock qui se contente de signer la préface, lui qui rêvait d'écrire la biographie de l'auteur. "Qui sait, si je n'avais pas les livres d'Earl Thompson, je n'écrirais peut-être pas aujourd'hui", avoue-t-il.
Ce premier roman très autobiographique, pour ce qu'on sait de la vie de Thompson, est le récit plus que chaotique des premières années de Jack, de sa naissance dans le Kansas jusqu'à son enrôlement dans les Marines bien avant l'âge requis, alors qu'il n'a même pas 14 ans. Rien ne lui sera épargné dans cette famille en perpétuel naufrage, mis à part le seul repère positif assuré par les grands-parents.
Un cocktail brut et explosif de misère, d'injustice, de violence, de délinquance, de déchéance, d'errance, d'alcool, de sexe...
Âmes sensibles s'abstenir. Amateurs de littérature se précipiter.

Éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Charles Khalifa, préface de Donald Ray Pollock, 2018, 832 pages.

vendredi 26 janvier 2018

Le parti pris des choses de Voutch

Une version papier du blog de Voutch sur le site du Monde.fr T'es sûr qu'on est mardi ? est parue aux éditions du Cherche Midi.
Chaque mardi, une courte bande dessinée donne la parole à des personnages vivants ou non, habituellement privés de langages, que Voutch a la délicatesse de nous traduire.
L'inventaire de ces personnages est à lui seul un poème : des galets, des épis de blé, des libellules, des aiguilles d'horloge, des pinces à linge, des vers luisants, des bouses, des vers de vase, des chaussures, des fourmis, des patelles, des colonnes antiques, des tomates, des dalles de jardin, des rouleaux de papier toilette, des feuilles d'automne, des cactus, des sapins de Noël...
Les dessins sont tellement beaux, les situations tellement poétiques ou absurdes ou cyniques : on ne peut pas s'arrêter de les lire, plus qu'une et une encore, juste la suivante pour voir...
C'est la version de Vouth du Parti pris des choses.

Éditions Le Cherche-Midi, 2017, 317 x 135 mm, 96 pages.
Voir aussi ma chronique sur Petit traité de Voutchologie fondamentale à l'usage des fans et autres Voutchophiles éventuels.

mercredi 24 janvier 2018

La vie d'un autre

Stéphane Allix est journaliste, ancien reporter de guerre depuis longtemps fasciné et opposé à la violence dans le monde, jusqu'à ce que le décès de son frère le pousse à tenter de comprendre ce qui se joue après la mort. C'était l'objet de son livre d'investigation La mort n'est pas une terre étrangère.
Il a également fondé l'Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (Inrees) en 2007 et le magazine Inexploré en 2008, et se consacre désormais à l'écriture.
Cette fois-ci, dans Lorsque j'étais un autre, il raconte une minutieuse enquête, aussi passionnante que troublante, après une vision qui s'est imposée à lui et l'a mené, à partir de quelques indices, sur les traces d'un inconnu et sa part d'ombre de SS pendant la Seconde guerre mondiale.
Guidé par de nombreux spécialistes (historiens, généalogiste, traducteurs, médiums...), mais aussi par des rencontres inespérées, les coups du hasard et ses intuitions, il retrace le parcours de cet homme, jusqu'en Allemagne et en Russie, et cherche à comprendre son lien avec lui.
Encore une fois, l'auteur nous entraîne dans une aventure aussi réelle (ou surnaturelle) qu'extraordinaire, qu'on adhère ou pas à certaines croyances (le livre peut se lire comme un palpitant thriller), avec beaucoup de questionnements et de réflexions sur l'humanité, le bien, le mal, la vie, la mort... et les liens entre eux.
Et puis ma femme me fit découvrir cette phrase admirable de Romain Gary : "Lorsque vous écrivez un livre, mettons, sur l'horreur de la guerre, vous ne dénoncez pas l'horreur, vous vous en débarrassez."
Mama Éditions, 2017, 456 pages, 30 photos.

mardi 23 janvier 2018

Florilèges de Klub et Berth

https://www.rouquemoute-editions.fr/wp-content/uploads/2017/11/Absconcites_Klub_t1_Dieu_133x150mm_Couv.jpgLes jeunes éditions Rouquemoute ont encore frappé avec la nouvelle collection Mamoute : des recueils de dessins d'humour grand public sur un petit format (13 x 15 cm) avec rabats, joliment présentés et à prix modique.
Deux premières séries de trois livres verront le jour d'ici mars : Tout est dedans, par Berth, et Absconcités par Klub.
On peut dès aujourd'hui profiter des deux premiers titres : Dieu de Klub (florilège de dessins déjà parus dans le magazine de bande dessinée Psikopat) et Des bonhommes de neiges, des sportifs, etc. de Berth, avec des dessins parus dans Spirou.
https://www.rouquemoute-editions.fr/wp-content/uploads/2017/11/Tout-est-dedans_Berth_t1_133x150mm_Couv.jpgKlub place dans ses dessins un personnage — qui rappelle l'image qu'on se fait de Dieu — dans des situations plus ou moins ordinaires ou actuelles, de façon à décaler la situation. Plutôt qu'un long discours, mieux vaut les voir, et c'est vraiment très drôle ! (Lire les premières pages de Dieu.)
Encore plus absurde ou poétique, l'humour des gags de Berth frappe dans tous les sens. (Lire les premières pages des Bonhommes de neiges, des sportifs, etc.)
Vivement les tomes suivants !
Suivez le site de l'éditeur.

Éditions Rouquemoute, Collection Mamoute, 2018, 13 x 15 cm, 84 pages.
Avec des petits cadeaux en plus si vous commandez via la boutique du site.

Lire ma chronique sur Kåtalög de Jorge Bernstein chez le même éditeur.