mercredi 3 avril 2013

Les tripes de l'architecte

Rudy Ricciotti ne mâche pas ses mots et ne les envoie pas dire : il parle avec ses tripes et pratique l'art de la rhétorique bétonnée. Son anti-politiquement correct est réjouissant à lire.
Dans L'architecture est un sport de combat, une conversation avec David d'Équainville, le titre annonce la couleur : il va y avoir du sport... et de la baston !
En effet, il n'hésite pas à tirer à boulets rouges, pas vraiment sur tout ce qui bouge, mais de préférence sur ceux qui ne bougent pas, justement, ou qui empêchent les autres de bouger. Certains en prennent pour leur grade. Il est connu pour sa grande gueule et le sait :
"Que ma gueule de métèque énerve, que mon accent méditerranéen horripile, je peux le concevoir, c'est la vie. On n'est pas tous obligés d'être socialement identiques, d'avoir les mêmes mots et les mêmes sourires. Dans la nature aussi il y a des différences, des lapins, des pigeons, des renards, des lézards. Que peut-on y faire ? Ce n'est pas grave. C'est la biodiversité. Et la biodiversité doit survivre ! Mais l'architecte assume toujours les responsabilités."
Car la vocation de cet homme n'est pas de détruire à coups de barre à mine, mais bien de construire : c'est un architecte qui défend son métier avec passion, ainsi que ceux des artisans du bâtiment et des ingénieurs avec qui il travaille.
"Le plus difficile, ce n'est pas de devenir architecte, c'est de le rester." 
"Un vrai parcours du combattant. Près de 70 % des architectes inscrits à l'ordre ne réussissent pas à vivre de leur travail."
"En 1930, il y avait cent mots pour décrire une façade. À l'aube du XXIe siècle, il en reste une dizaine. Si l'on a perdu les mots, on a perdu les signes associés. Et avec ces signes, les savoir-faire, ce qui fait de nous des analphabètes de l'art de construire."
Il défend également avec brio certains matériaux, comme le béton, auquel on trouve soudain un charme fou. Ou il s'insurge contre l'acier, qui n'est pas "aimable", ou contre les tuiles à tout va en Provence. Si le sujet n'était pas aussi sérieux et désolant, on aurait envie de rire, tant la formule vaut son pesant de caillasses :
"De tuile en tuile, insidieusement, on façonne une banalité écrasante, un paysage de mauvais jeux de mots, de cabanes à frites surgelées à réchauffer au micro-ondes avant indigestion."
J'en citerais encore des pages entières.
J'étais curieuse d'en savoir plus sur cet architecte qui a reçu le Grand Prix national de l'architecture et créé, entre autres, le fameux MuCEM à Marseille. Résultat : je ne suis pas déçue.

Éditions Textuel, 2013, 112 pages.

À Marseille, Rudy Ricciotti est l'architecte du MuCEM, au centre. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire