lundi 27 novembre 2017

À demander au Père Noël

Vous ne croyez plus au Père Noël ? Je vous plains. Même les vieilles dames y croient encore.
Tentez toujours et, si vous ne croyez plus en rien, demandez ces livres qui vous donneront au moins foi en la littérature, la poésie et la pensée (avec quelques essais).
Voici ma petite sélection d'une vingtaine de livres à côté desquels il serait dommage de passer (dans l'ordre de mes lectures en 2017) :

- Chaleur de Joseph Incardona (Finitude) : une chaleur extrême et suffocante.
- La disparition de la chasse de Christophe Levaux (Quidam) : un regard sur le monde de l'entreprise acéré, cynique, lucide et drôle.
- Le Chronométreur de Pär Thörn (Quidam) : un drôle de poème sur un toqué du tic-tac.
- Jeux de miroirs d'Eugen Ovidiu Chirovici (Les Escales) : un polar à la brillantissime mécanique.
- Le Son de ma voix de Ron Butlin (Quidam) : un enivrant roman sur l'alcool qui est paru bien avant 2017 mais il n'est jamais trop tard pour le découvrir.
Celui qui va vers elle ne revient pas de Shulem Deen (Globe) : l'édifiant témoignage d'un ancien ultra-orthodoxe (prix Médicis essai 2017).
- La Halle de Julien Syrac (La Différence) : un premier roman choc !
Ceci est mon sang d'Élise Thiébaut (La Découverte) : un essai instructif et drôle sur les règles.
- Mon père, ma mère et Sheila d'Éric Romand (Stock) : un premier roman dense, violent et plein d'humour.
- Élise et Lise (Quidam) et Notes sur les noms de la nature (Les Grands Champs) de Philippe Annocque : deux livres du magicien des mots et des histoires, un auteur incontournable de mes sélections. 
- Le livre que je ne voulais pas écrire d'Erwan Larher (Quidam) : un OVNI qu'il faut absolument lire.
- Dans le jardin d'un hôtel de Gabriel Josipovici (Quidam) : toujours une grande expérience de lecture qui laisse des traces bien après avoir refermé le livre. Je suis fan de toute l'œuvre.
- Il est pas con, ce con ? de Charles Gobi : le Tarantino marseillais a encore frappé fort.
- 101 astuces pour mieux penser de Xavier Delengaigne (Eyrolles) : un guide très pratique, accessible et instructif sur les potentiels du cerveau.
- La foi d'un écrivain et Paysage perdu de Joyce Carol Oates (Philippe Rey) : souvenirs et réflexions sur la littérature.
- Ni vues ni connues du collectif Georgette Sand (Hugo & Compagnie) : un réjouissant guide sur l'invisibilité des femmes.
- Tchikan de Kumi Sasaki avec Emmanuel Arnaud (Thierry Marchaisse) : un récit qui lève le voile sur les prédateurs sexuels de petites filles.
- Article 353 du code pénal de Tanguy Viel.

Il y a eu bien d'autres lectures passionnantes cette année, mais j'ai vraiment sélectionné les livres choc qu'on ne lâche pas. Par ailleurs, je considère que les Harari, Swift, Tesson, Modiano, n'ont pas besoin de mes louanges de blogueuse mais vous pouvez quand même (re)lire mes chroniques. Ça fait toujours plaisir.

Étincelle céleste

Le voyage, comme l'amour, nous donne des ailes à la fois insolentes et chevaleresques, insupportables et audacieuses, dangereuses et salvatrices. Tout finit par avoir l'air mi-figue mi-raisin. Ne vous plaignez surtout pas. Le vent vous amène là où vos ailes battent.
Après son premier roman Anguille sous roche qui a enflammé la place littéraire, Ali Zamir (ou Zamir Ali) revient avec Mon Étincelle.
C'est encore une histoire de jeune fille car les jeunes filles inspirent particulièrement l'auteur, lorsqu'elles ont du caractère, qu'elles rêvent de liberté et qu'elles veulent vivre leur vie, contre l'avis de leurs parents ou contre les lois strictes de la société où elles vivent.
Elles représentent certainement un idéal pour l'auteur dont la vie semble aussi romanesque que celles de ses héroïnes depuis qu'il a quitté les Comores pour vivre le succès de son premier roman. Il est resté en France, invité en résidence d'écriture à Montpellier, de janvier à avril 2017, période pendant laquelle il a écrit ce deuxième roman. Bien que les Comores, son pays d'origine, soient le terrain de ses romans, Zamir Ali ne peut écrire librement que loin de son île où tout est tabou, interdit, corrompu — tout en encourant des risques à le faire.
Comme dans Anguille sous roche, l'histoire, avec ses histoires imbriquées les unes dans les autres, se situe aux Comores donc. Cette fois-ci non pas dans l'eau mais dans les airs, pendant un voyage en avion plein de turbulences, comme la vie et le monde peuvent l'être. Pendant ce vol périlleux, et incertain quant à son terme, la narratrice se remémore certains épisodes de sa vie, de celle de sa mère, découvrant même les circonstances de sa naissance.
Zamir Ali donne toujours des noms poétiques ou drolatiques à ses personnages : Douceur, Étincelle, Douleur, Efferalgan, Dafalgan, Vitamine, Calcium... On retrouve aussi son style bigarré et surprenant, tissé (et métissé) d'expressions populaires et de mots érudits. À ce propos, Ali Zamir dit : "C'est donc un mélange pour effacer les frontières entre les registres de langue et arriver à une littérature sans statut précis : il faut donner du souffle à la littérature pour qu'elle soit appréciée par les jeunes telle qu'elle est et non telle que certains veulent qu'elle soit."
Mon Étincelle est un conte flamboyant sur la vie, l'amour et le monde tels qu'ils vont : un voyage céleste et mouvementé.

Éditions Le Tripode, 2017, 280 pages.

vendredi 24 novembre 2017

"Pour tenter de résoudre les mystères de Paris"

Paris, pour moi, est semé de fantômes, aussi nombreux que les stations de métro et tous leurs points lumineux, quand il vous arrivait d'appuyer sur les boutons du tableau de correspondances.
Se plonger dans un livre de Patrick Modiano, c'est nager en eaux et sentiments troubles. Lire Souvenirs dormants, c'est retrouver le souvenir d'autres romans, de noms de personnages déjà rencontrés.
Ce livre est dans la continuité de l'œuvre de l'écrivain — L'éternel retour du même, comme le titre du livre ésotérique cité par le narrateur —, ce qui est un délice pour qui aime son style et ses atmosphères si particulières de son Paris des années 60.
Ces personnages perdus de vue et presque oubliés par le narrateur, revenus à la mémoire par l'évocation de leurs noms — des femmes surtout — ou d'une adresse ; des personnages secrets, en fuite, voire en cavale, comme le narrateur lui-même, toujours au bord du gouffre de ses intuitions qui lui intiment de fuir, mais le laissent parfois figé, entre rêve et cauchemar.
Je me suis assis et j'avais la sensation d'être englué dans un rêve. Sans doute, cette sensation était due aux jours interminables où je n'avais parlé à personne. Jamais l'expression "coupé du monde" ne m'avait paru aussi juste.
Éditons Gallimard, 2017, 112 pages.

jeudi 23 novembre 2017

Humour mode d'emploi

Rouquemoute — une jeune maison d'édition qui a tout juste un an — a choisi l'humour comme ligne éditoriale, sous toutes ses formes (bandes dessinées, livres jeunesse, cahiers de coloriage...), et le sérieux comme éthique dans son fonctionnement (lire ici). Ce qui fait au moins deux points positifs et sympathiques.
Elle compte parmi ses auteurs Soulcié, Berth, Klub, Rifo, Sergio...
Elle vient de publier une nouvelle bande dessinée de Jorge Bernstein (après L'humour légendaire du truculent professeur Bernstein), intitulée Kåtalög, qui détourne les plans de montage et la charte graphique d'une célèbre enseigne suédoise de meubles en kit.
Il ne restait (presque) qu'à inventer des histoires décalées, des dialogues loufoques ou trash et créer des jeux de mots sur des titres qui rappellent ceux à dormir debout (dans une armoire) du fabricant en question.
En bonus : des jeux de PLIÅJ et des SETDIFËRÅNSS, une page d'autopromotion intitulée FÖNING.
Le tout donne un drôle de Kåtalög plein de DRÖLERI, INFÖGRAFI, FÅNTASM et autres... I LIKE KIT.
Bien vu !

Éditions Rouquemoute, 2017, 76 pages, 19 x 25,2 cm.

Suivez de près les projets de la maison en financement participatif dont des recueils de dessins de Berth, Klub et Rifo.

lundi 20 novembre 2017

Variations poétiques sur des histoires naturelles

Tout petit déjà, Philippe Annocque se passionne pour les sciences : la zoologie, puis la botanique et la mycologie.
On connait aussi son talent pour le maniement des mots et les histoires qui ne se révèlent pas immédiatement*.
Le tout donne Notes sur les noms de la nature, où l'auteur réinvente le haïku, ce très bref poème japonais capable en quelques mots de raconter une histoire, une atmosphère, de peindre un tableau, de vous faire entrer dans son paysage.
Ce petit recueil à la fois érudit et naïf, comique et poétique, est instructif pour qui veut comprendre.
Forêt de bouleaux par Florence Lelièvre
En effet, les jeux de mots sur les noms des choses, comme des lucarnes ouvertes sur une leçon de choses, ne sont pas forcément accessibles à la première lecture pour les néophytes (j'en suis, je vous rassure). Il suffit alors de se renseigner sur ces noms inconnus et mystérieux de champignons, d'animaux et de plantes, pour trouver la clef de l'énigme et faire apparaître l'image et l'émerveillement de ces poèmes biologiques.
Prenons un exemple :
Je ramasse le polypore en touffe
Murielle cuisine la poule des bois
Aymon déguste le maï-také.
Tel que, le poème est aussi plaisant qu'intriguant et ne révèle tout son charme que lorsqu'on sait enfin ce qui se trame derrière ces noms étranges.
Lorsque vous aurez trouvé (hors de question de vous dérouler l'explication de texte), vous aurez également le plaisir de contempler une curiosité de la nature : entre bouquet de fleurs et champignon.
Qu'est-ce que la poésie, sinon un regard porté sur le monde, un choix de mots qui en disent plus long qu'eux-mêmes ?
Le recueil est superbement illustré par Florence Lelièvre.

Éditions des Grands Champs, 2017, 40 pages.

Crées en 2011 par Julia Curiel et Stéfani de Loppinot, les éditions des Grands Champs publient des textes littéraires portant une attention particulière aux choses de la nature (et aux illustrations) : un petit mais splendide catalogue à découvrir.

* Sur le même auteur, lire aussi mes chroniques sur ses romans parus chez Quidam et Louise Bottu :
- Élise et Lise ;
- Pas Liev ;
- Liquide ;
- Vie des hauts plateaux.

jeudi 9 novembre 2017

Il était une fois la collection Sainte-Anne

Il était une fois, acte I et acte II : deux belles expositions de la collection Sainte-Anne.
Pour les 150 ans de l'hôpital Saint-Anne, deux expositions complémentaires se succèderont au musée d'art et d'histoire de l'hôpital Sainte-Anne (MAHHSA)*.
La première, du 15 septembre au 26 novembre 2017, reprend les origines de la collection du musée, et la deuxième, du 30 novembre 2017 au 28 février 2018, revient sur l'exposition de 1950 où 2 000 œuvres avaient été exposées à l'occasion du premier congrès mondial de psychiatrie. Elle déclencha de nombreux dons internationaux et donc la réelle naissance de la collection.
Un livre-catalogue présente toutes les œuvres des deux expositions : Entre art des fous et art brut d'Anne-Marie Dubois, conservateur du MAHHSA.

Coédition Somogy éditions d'art & MAHHSA (Musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne), 2017, 160 pages.

MAHHSA - 1, rue Cabanis, 75014 Paris - du mercredi au dimanche, de 14 h à 19 h. Entrée gratuite. Métro Glacière ou Saint-Jacques.

À noter également ce 12 novembre à 14 h 45 : une rencontre dédicace à la Halle Saint-Pierre, haut lieu de l'art brut et de l'art singulier, avec l'auteur Anne-Marie Dubois.

mardi 7 novembre 2017

Contes de folie et d'amour

Les Persécutés suivi de Histoire d'un amour trouble de Horacio Quiroga sont d'étranges nouvelles publiées en 1908 à Buenos Aires et enfin éditées pour la première fois en France par Quidam.
Ce sont d'étranges nouvelles, troubles, troublantes et tourmentées, de celles qui nous tourmentent longtemps après leur lecture. 
Comme la vie tumultueuse et dramatique de l'auteur uruguayen — où les morts violentes se multiplient avec acharnement —, ces histoires sont frappées par la folie et aussi, en ce qui concerne la seconde, par l'amour ambigu, voire pervers d'un homme mûr pour une jeune fille.
Leurs histoires cultivent une porosité entre réalité, imagination exacerbée, obsessions, ambivalence, dédoublements de personnalité, liens autobiographiques...
Dans Les Persécutés, le narrateur s'appelle comme l'auteur, Horacio Quiroga, et on peine à savoir qui est persécuté et qui persécute, qui délire et qui est sain d'esprit, voire qui est qui...
Dans Histoire d'un amour trouble, on fait aisément le rapprochement avec l'écrivain qui a épousé deux fois des jeunes filles. Le narrateur revient, après de longues périodes d'absence, auprès de jeunes filles d'une famille qu'il fréquente assidûment et qu'il pousse à bout.
Quiroga est considéré comme le grand modernisateur de la nouvelle en Amérique Latine et un pilier de la littérature latino-américains du XXe siècle. 
Ce recueil inaugure une nouvelle collection chez Quidam, Les Lance-Flammes, qui accueillera d'autres auteurs sud-américains : réjouissant !

Quidam éditeur, collection Les Lance-Flammes, traduit de l'espagnol et postface par Antonio Werli, 2017, 156 pages. 

jeudi 2 novembre 2017

Trop, c'est en trop !

Après le savoureux Dictionnaire des mots manquants, voici son complément et tout aussi délectable Dictionnaire des mots en trop.
Le même duo a dirigé les opérations : Belinda Cannone et Christian Doumet. Quarante-quatre écrivains, poètes, romanciers, essayistes ont participé en choisissant et dissertant sur un à trois mots qu'ils renâclent à utiliser ou qu'ils souhaiteraient bannir.
En effet, si nous avons du mal à nous passer de certains mots qui n'existent pas, il en existe dont certains auteurs se passeraient bien.
S'ils jouent avec humour, agacement ou crispation (belle-mère, Dieu, surpoids, vacances — la liste est longue !), ils jouent surtout sur le signifié en souhaitant abolir le signifiant et vice-versa.
Chaque entrée, au-delà du mot, est une invitation dans un univers d'écrivain — ah ! mais Lucile Bordes écrit qu'un écrivain ne s'autoproclame pas tel, alors que moi, en tant que lectrice, je peux les élever à ce rang.
Comme quoi, de tous ces mots en trop dont l'idée même nous dérange, il y a de quoi disserter et faire référence aux autres dictionnaires. Et justement, il y a un mot qui a remporté un franc succès, c'est le mot trop ! Comme quoi, quand c'est trop, c'est en trop.

Éditions Thierry Marchaisse, 2017, 216 pages.

mercredi 1 novembre 2017

La nature selon Emerson

Pour se retirer dans la solitude, on a autant besoin de quitter sa chambre que la société. Je ne suis pas seul tandis que je lis ou écris, bien que personne ne soit avec moi. Mais si un homme veut être seul, qu'il regarde les étoiles.
Ralph Waldo Emerson (1803-1882) est considéré comme une figure majeure de la pensée et de la littérature américaine du XIXe siècle, qui a notamment influencé de nombreux auteurs comme Thoreau, Melville ou Whitman.
La Nature est sa première œuvre, parue en 1836.
Henry David Thoreau fut très proche de lui et le côtoya pendant près de vingt ans, s'en inspira puis dépassa le maître, comme certains s'accordent à le dire.

Éditions Allia, 2004 et 2015, 96 pages.